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Lecture analytique Diderot

Mar 2 Juin - 7:06 par Zzzap

Lecture analytique

1) Bougainville, Louis Antoine de (1729-1811), officier et navigateur français, connu pour son importante contribution à la science et à la géographie au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle.
Bougainville naquit à Paris où il fit ses études. Il abandonna le droit et rejoignit l'armée française en 1754. À l'âge de vingt-cinq ans, il écrivit un traité sur le calcul intégral et fut par la suite nommé membre de la Royal Society de Londres. Il fut accompagné par des naturalistes et des astronomes et fit de nombreuses découvertes scientifiques et géographiques. Il relata ses expéditions dans son Voyage autour du monde (2 vol., 1771-1772).

2) Le Supplément au voyage de Bougainville est un dialogue philosophique de Diderot, publié pour des raisons de prudence à titre posthume.Paru en 1773-1774 dans la confidentielle Correspondance littéraire du critique allemand francophile Frédéric Melchior Grimm (1723-1807), sous la forme d’un conte, en « supplément » fictif au Voyage, le Supplément contient de pseudo-informations inédites que Bougainville aurait censurées. Par cette « utopie tahitienne », Diderot veut montrer le poids des lois, mœurs, coutumes civiles et religieuses qui mutilent l’homme européen.

3) Diderot critique la société européenne à travers les yeux d'un Tahitien qui dévoile son point de vue sur cette société qui lui est étrangère et qui lui semble agressive et possessive. A travers un dialogue entre le Tahitien et celui qui semble être Bougainville, il met en relief les disparités des deux cultures en dénigrant la société européenne, étrangère au locuteur qui se sent agressé et menacé, tout comme les européens l'ont fait eux-même lors de la description de ces peuples étrangers. Il riposte aux arguments européens, prônant l'esclavage et la supériorité européenne, par l'utilisation de la logique et un point de vue détaché des ambitions des conquérants, révélant l'absurdité de leurs actes : "Tu n'es ni un dieu ni un démon : qui es-tu donc, pour faire de notre terre le titre de notre futur esclavage ?"

4) Diderot donne la parole à un Tahitien car, dans Voyage autour du monde, Bougainville décrit les Tahitiens d'une façon surprenante, tel un peuple diamétralement opposé aux Européens, en particulier à propos des moeurs sexuelles. Cette description a frappé nombre d'Européens lors de sa parution et Diderot décide alors de faire incarner son personnage dans la personne d'un Tahitien afin de dévoiler une pensée extérieure, et de surcroît opposée sur de nombreux points, à la civilisation européenne. Cela lui permet ainsi de réaliser en sens inverse ce que Bougainville fit lors du récit de son voyage.

5) Afin de soutenir sa critique, Diderot donne à son personnage différentes armes aux travers desquelles se dessinent la critique virulente de la société dans laquelle il vit. Tout d'abord, le Tahitien compare Bougainville et ses hommes à des personnes peu recommandables et sans scrupules : "chef des brigands". Son mépris pour leurs actions est renforcé par l'utilisation de formules marquant le mépris et l'immoralité des actions des Européens : "tu as tenté d'effacer de nos âmes son caractère", "je ne sais quelle distinction". Diderot, au travers du Tahitien, décrit ensuite l'immoralité des conquérants en dénonçant leur agissements, notamment au sujet des femmes tahitiennes, communes au hommes : "tu as partagé ce privilège avec nous (...) et tu es venu allumer en elles des fureurs inconnues". A travers ce reproche se devine la dénonciation de l'égoïsme européen qui ne se soucie ni des conséquences de ses actes ni des autres lorsqu'il arrive au sein d'un peuple étranger. A travers le thème des femmes se dégage également la violence des européens : "Elles ont commencé à se haïr, vous vous êtes égorgés pour elles." L'argument suivant repose sur la raison et la logique, dénonçant le sentiment de supériorité qu'éprouvent les Européens : "Tu n'es ni un dieu, ni un démon : qui es-tu donc pour faire de notre terre le titre de notre futur esclavage ?". Comme expliqué précédemment, l'auteur utilise la logique pour réfuter les arguments utilisés autoritairement, sans fondement, par les conquérants du siècle des Lumières. Le discours continue dans cette voie, par, notamment, un jeu de questions-réponses qui démontre l'absurdité des affirmations européennes : "Ce pays est à toi ! et pourquoi ? parce que tu y as mis le pied ?". L'accumulation de phrases exclamatives et interrogatives montre ici la colère et la révolte éprouvées par le Tahitien. A travers cette révolte, le personnage dévoile l'absurdité de l'un des principes qui semble jusque là guider la société européenne, et que les philosophes des Lumières cherchent à abolir : la loi du plus fort : "Tu es le plus fort ! Et qu'est-ce que cela fait ?". Par la suite, grâce à une exposition de faits, il démontre la démesure des Européens, notamment dans la réponse à ce qu'ils perçoivent telle une agression. D'autre part, Diderot cherche à abolir les préjugés travers une question rhétorique : "Tu crois donc que le Tahitien ne sait pas (...) ? Celui dont tu veux t'emparer comme de la brute, le Tahitien est ton frère". Il cherche par la même à démontrer l'universalité de l'Homme, à abolir les différences entre les différents peuples. L'extrait du discours du Tahitien se termine par une accumulation de questions rhétoriques visant à exposer l'humanité bien présente des Tahitiens, contrairement à ce que les Européens se plaisaient à dire afin de justifier l'esclavage, et il révèle en même temps que ce serait même au contraire ces Européens qui n'auraient pas d'humanité en traitant ainsi leurs frères : "Le Tahitien est ton frère". "T'avons-nous associé dans nos champs au travail de nos animaux ?", cette dernière question semble être une attaque directe à l'esclavage. Ainsi, après avoir démontré l'infériorité réelle des Européens et leurs pensées brutales et égoïstes par rapport aux Tahitiens, le personnage conclut en affirmant de pas vouloir "troquer ce que (les Européens appellent leur) ignorance contre (leurs) inutiles lumières". Cette dernière image dénonce également l'assurance prétentieuse des Européens.

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