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Corups roman 2, question

Dim 3 Mai - 21:55 par Zzzap

Comment est relatée la rencontre amoureuse dans les textes du corpus ? Quelle scène de rencontre vous paraît la plus originale ? Justifiez



Ce corpus de textes présente quatre extraits de romans qui retracent la rencontre amoureuse du héros et qui traduisent de différentes façons cet événement. Les quatre extraits sont respectivement tirés de La princesse de Clèves de Mme de La Fayette, du Lys dans la vallée de Balzac, de L'éducation sentimentale de Flaubert et d'Aurélien d'Aragon. Chacun des textes apporte une façon nouvelle de découvrir la rencontre amoureuse.

Dans l'extrait du roman de Mme de La Fayette, présente cet événement comme la réunion de deux êtres hors du commun. En effet, on retrouve dans la description des deux personnages le champ lexical de la beauté : "sa beauté et sa parure", "le soin qu'il avait pris de se parer"... De plus on retrouve dans ces descriptions des procédés qui soulignent leur grâce supérieure. Le prince par exemple, voit sa beauté naturelle accrue par la périphrase : "Ce prince était fait d'une telle sorte qu'il était difficile de n'être pas surprise en le voyant." L'utilisation de l'imparfait pour transmettre à Mme de Clèves cet effet visuel frappant permet de placer cette remarque dans une optique de constat évident. Ce couple rayonnant crée alors une harmonie singulière comme le souligne l'implication de personnages éminents comme "Le Roi et les Reines". Ceux-ci trouve ce couple de danseurs unique en son genre (référence à la note 5 se rapportant à "singulier"). On a donc dans cet extrait la rencontre de deux êtres exceptionnels dont la beauté est l'atout principal.
A travers l'extrait du roman de Balzac, on découvre une rencontre amoureuse qui tend à ressembler à une révélation pour le personnage. En effet, le champ lexical de la lumière et de la clarté est très présent, ce dernier pouvant faire référence métaphoriquement à la lumière de la vérité : "ébloui", "frappés par de blanches épaules", "éclatait la lumière". Le personnage est alors ici confronté à une révélation, soit un coup de foudre. D'autre part, dans la seconde partie de l'extrait, apparaît une deuxième facette de cette rencontre amoureuse : celle de l'obsession du héros. En effet, ce dernier, suite au coup de foudre auquel il vient d'être confronté, développe un tel attrait soudain pour la jeune femme en question qu'il n'hésite pas à "plonger dans ce dos comme un enfant qui se jette au seins de sa mère". Cette dernière comparaison fait revêtir au héros un aspect infantile qui accentue l'attraction qu'il ressent en lui attribuant une façade de besoin naturel, comme le bambin qui a besoin du sein de sa mère. Le héros sacralise ici la femme dont il tombe amoureux, avec notamment l'emploi du conditionnel pour mesurer la grandeur de celle-ci : "Ah ! si elle avait dit [...] ; mais [...]". De plus, le terme "sainte colère" rappelle la caractère sacré que le héros dédie à cette femme. La description qui suit alors l'acte du héros apporte à la femme aimée une image noble : "Elle s'en alla par un mouvement de reine". Cette description est ponctuée d'hyperboles qui accentuent considérablement l'impact de celle-ci : "une tête sublime", "des adorations infinies". Après le départ de la femme, le héros prend conscience de l'aspect qu'il arbore et sent la honte monter en lui, il se dit même "fagoté comme le singe d'un Savoyard". Cette auto-dérision accroît encore la grandeur de la femme "descendue des cieux". L'extrait se conclut par une remarque du héros qui se dit "métamorphosé" par cette rencontre. Ainsi, on trouve dans cet extrait la description d'un coup de foudre qui prend la tournure d'une révélation divine métamorphosant le héros.
Cette notion d'apparition ou de révélation est reprise dans l'extrait de L'Education sentimentale. En effet, l'extrait débute en plaçant la description de la scène qui s'ensuit dans une dimension spéciale grâce à la comparaison : "Ce fut comme une apparition". On retrouve la présence de la lumière précédemment évoquée dans le texte de Balzac, qui suppose une révélation : "il ne distingua personne, dans l'éblouissement que lui envoyèrent ses yeux". Succède alors à cette phrase une description laudative de la femme, détaillée jusque dans les "plis nombreux" de sa "robe de mousseline claire, tachetée de petits pois". A travers cette description on peut suivre le regard du héros, qui la vois tout d'abord dans sa posture générale, le "large chapeau de paille" et la "robe de mousseline", puis il s'intéresse à l'activité de cette femme, "elle était en train de broder quelque chose", pour finalement regarder son visage : "son nez droit, son menton". S'ensuit alors une longue description de sa beauté surnaturelle, et même son panier devient "extraordinaire". Cependant, contrairement au héros de Balzac, Frédéric n'est pas attiré physiquement par la jeune femme qui l'a tant obnubilé, ou du moins le désir physique est quelque peu effacé par "une envie plus profonde, dans une curiosité douloureuse qui n'avait pas de limites". Ainsi, à l'inverse de chez Balzac, la rencontre amoureuse n'est ici pas relatée telle une description de la naissance de pulsions et d'attirance incontrôlables mais bien l'apparition d'une quête de connaissance. Cette quête est d'ailleurs retranscrite à travers les questions que le héros se pose : "Quels étaient son nom, sa demeure, sa vie, son passé ? Il souhaitait connaître [...]". On retrouve ce désir de découvrir la personne aimée lorsque la fille de la femme dont vient de tomber amoureux Frédéric apparaît : "comme s'il eut fait une découverte, une acquisition". Cependant, cette rencontre amoureuse présente également une particularité. En effet, on peut remarquer qu'elle possède une sorte de chute, lorsque le mari vient briser cette rencontre après que Frédéric aie rattrapé le foulard de la dame. On peut alors remarquer de cliché des histoires romantiques : "leurs yeux se rencontrèrent". Ainsi, il apparaît que cette rencontre amoureuse est en réalité un cliché, le coup de foudre ou apparition, le désir insoupçonné de connaître l'autre, et le jeu des regards.
La rencontre amoureuse selon Aragon est quant à elle, à l'inverse des clichés tels que le coup de foudre. En effet, on peut relever des procédés qui mettent en valeur le discours péjoratif que tient le héros à l'égard de la femme dont il est tombé, semble-t-il amoureux. Son désaccord avec les goûts de celle-ci est marqué par l'utilisation de tournures négatives associées à des verbes de choix ou de préférence : "lui déplut", "n'aima pas", "n'aurai pas choisie". Cette description semble négative en tout points, cependant, le héros reconnaît qu'elle "portait un nom de princesse d'Orient", et que ses cheveux étaient mal coiffés mais "ce jour là". Ainsi, on suit ici la réflexion du personnage à travers un discours indirect libre : "Il l'avait mal regardée". Par ce suivi de la pensée du héros, on peut alors comprendre, en même temps que lui, son attirance insoupçonnée pour Bérénice, la femme qu'il décrit. Cependant à contrario des rencontres amoureuses relatées par Balzac et par Flaubert, le héros ne se rend pas compte, ou du moins n'admet pas son attirance pour cette femme, il préfère ne pas se l'expliquer. Cette incompréhension relative de ce qui lui arrive est marqué par "Voilà ce qui l'irritait." Le héros se sent ici perturbé par le fait de penser à cette femme, dite "petite, pâle" mais qui retient tout de même son attention par son prénom : Bérénice. Renaît alors le souvenir d'un vers de la pi!ce du même nom de Racine, vers qui lui aussi l'irritait et retenait son attention. On a alors ici un parallèle entre cette pièce, qui retranscrit une histoire d'amour rendue impossible, et la situation de Aurélien. On peut alors comprendre que l'attention du héros pour cette femme est peut être de l'amour.

Cette dernière scène de rencontre me paraît la plus originale, car, au lieu d'user des clichés classiques pour mettre en valeur la rencontre amoureuse. On nous présente ici un personnage qui rejette la femme au lieu de la louer, et les compliments et autres descriptions laudatives laissent la place à une réflexion sur les sensations et émotions qu'il ressent. On a alors une description atypique de la rencontre amoureuse et cela induit une note d'originalité dans la scène, tout en gardant son sens, bien que plus difficile à percevoir car moins explicite.

Ainsi, les différents textes du corpus apportent chacun une scène de rencontre amoureuse différente même si l'on retrouve certains schémas communs comme au moins l'un des deux personnages, ici surtout la femme, possède une beauté physique exceptionnelle. Mais le texte d'Aragon apporte également une touche d'originalité en ne suivant aucun des schémas traditionnels de la description de la rencontre amoureuse.

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