La Curée, 3
La Curée, 3
La Curée
Lecture analytique
L'extrait étudié se déroule au sein du chapitre V, Renée et Maxime sont désormais amants et une année entière s'est écoulée, le couple interdit s'enivrant de plaisirs et de divertissements. Cependant cette vie luxueuse amène Renée à contracter de nombreuses dettes envers son mari qui voit alors son plan initial pour récupérer les terres de sa femme approcher de son but. Cette dernière cède alors aux désirs de son mari qui cherche à gagner sa confiance et à se rapprocher d'elle afin de pouvoir la forcer à signer les papiers nécessaires à son plan en temps voulus. Un soir, les deux amants vont au théâtre pour tenter de se distraire en assistant à une tragédie italienne. Ils assistent alors à Phèdre.
Face à la représentation de la pièce, Renée se voit déboussolée et sa vie prend un aspect qu'elle n'attendait pas. Elle s'identifie au personnage de Phèdre et cette analogie fait naître en elle de nombreuses interrogations : « elle se demandait de quel sang elle pouvait être, elle, l'incestueuse de temps nouveaux. ». En effet, Phèdre est la fille de Minos, roi légendaire grec et juge des Enfers, et de Pasiphaé, femme de Minos qui donna naissance à un monstre, le minotaure. Phèdre est alors un personnage victime de ses origines, notamment de l'impétuosité de sa mère qui jeta un sort à son mari. Malgré la peur du jugement de son père à sa mort, elle ne résiste pas à sa passion et à ses pulsions et avoue son amour au fils de son époux. Renée s'identifie alors à cette situation, elle qui n'a su résister à son attirance pour Maxime. Au fil des actes, Renée assiste à l'évolution de sa propre histoire. En effet, elle non plus n'a su résister à son attrait pour Maxime, malgré leur consentement mutuel après leur premier baiser pour ne pas recommencer, elle aussi est prise de remords quant à sa liaison avec Maxime mais également avec son père, ne sachant plus que faire, elle se retrouve dans ce personnage dont « le retour de Thésée l'accable ». La transformation du désir, des angoisses et du désespoir de Phèdre en « cri de fauve » fait sentir à Renée « chaque frisson de son désir et de ses remords ». Ainsi, l'immersion dans la pièce de la jeune femme est totale et malgré la langue étrangère, « ce drame [lui] causa une émotion particulière. Elle cherche alors à s'expliquer ses pulsions, cette « tendresse criminelle » qui la rapproche du personnage sur scène. Cette identification à la tragédie italienne suscite chez Renée une peine qui se ressent essentiellement à travers le registre pathétique : « cette grande femme trainant sur les planches le crime antique. » Cette dernière image révèle le poids d'une telle passion que, tout comme Phèdre, Renée porte tel un fardeau. De plus, l'amante de Maxime se voit par la suite transportée dans la serre, source de ses désirs et de ses malheurs. L'atmosphère du théâtre semble révéler à tous les spectateurs la passion condamnée qu'elle entretient avec son jeune amant. Elle se sent alors piégée, « le lustre l'aveuglait, les chaleurs étouffantes lui venaient de tous ces faces pâles tendues vers la scène. », elle semble paniquée et se réfugie alors dans cette serre qui lui est chère. Cependant, la pièce semble garder son emprise sur Renée et fait alors ressurgir de cette serre son côté maléfique (que l'on peut notamment déceler dès la première description de celle-ci), les peurs ainsi que les dangers qu'elle renferme. En effet, « les feuillages ardents » reflètent la passion amoureuse du couple interdit qui se voit être surpris dans cette serre, leur chambre, par Saccard : « elle rêvait que son mari entrait, la surprenait aux bras de son fils ». Cette pensée la fait souffrir « horriblement », « elle perdait connaissance » lorsque la longue exposition de ses souffrances et de ses angoisses sur les planches s'arrêta : « quand le dernier râle de Phèdre […] lui fit rouvrir les yeux. ». Lorsque la pièce prend fin, Renée reprend ses esprits et s'interroge sur cette analogie qui la fit se torturer ainsi pendant la représentation : « Aurait-elle la force de s'empoisonner, un jour ? ». Ce passage du roman fait apparaître à Renée les dangers de sa liaison, mais également le piège que lui ont tendu ses désirs et ses pulsions. Cette prison symbolique, dans laquelle fut également entrainée Phèdre ne semble posséder qu'une issue que Renée ne n'accepte pas : la mort. Ainsi, la représentation de la pièce italienne provoque chez la jeune femme une foules de sentiments et bouleverse ses pensées, l'amenant à regarder avec courage et objectivité la relation incestueuse qu'elle entretient.
. Le jeu des acteurs de la pièce à laquelle assistent Renée et Maxime est décrit dans le passage étudié. Hippolyte y est notamment dépeint comme « très médiocre » et la langue étrangère « [semblait] par moments, un simple accompagnement d'orchestre soutenant la mimique des acteurs ». Or, l'acteur incarnant Hippolyte « pleurait son rôle », l'ajout de la langue italienne semble alors ne pas apporter l'émotion que suscite traditionnellement cette langue chez les deux amants. Cela renforce alors la médiocrité des acteurs, ceci étant souligné par la description du monologue de Théramène : « il murmura d'une voix creuse ». Sa voix est alors décrite sans relief ni teinte, et dont le niveau sonore ne semble pas exceller compte tenu des avancées technologies concernant le son de l'époque. Ce jeu médiocre est accentué par les remarques de Maxime qui apportent une touche de mépris quant aux jeu des acteurs. Celui-ci déclare « Quel godiche ! » face au jeu d'Hippolyte et quand vient le tour de Théramène, il annonce ce dernier : « Il a une bonne tête le vieux ! ». La phrase introductrice des premiers vers récités par l'acteur incite à croire que cette dernière remarque de Maxime n'est en fait ironique et que la à travers cette « bonne tête », se cache encore une fois un mépris amère quant au jeu dudit acteur.
. Le drame de Renée est dit « mesquin et honteux à côté de l'épopée antique » à la fin de l'extrait. La jeune femme a, bien qu'elle ait tenté de lutter, succombé à sa passion et à ses désirs, entrainant alors Maxime dans sa situation immorale et prohibée. Elle n'a, au contraire de Phèdre, su résister à ses pulsions, et la volonté de les rejeter s'est bien vite volatilisée, cédant place au désir de l'interdit. Les peurs de Phèdre sont d'autant plus nobles que celles de Renée sont égoïstes. En effet, la peur de l'épouse de Saccard est que celui-ci « la [surprenne] aux bras de son fils » tandis que Phèdre, se suicide lorsqu'elle apprend le retour de son mari et la conséquence de ses actes, après lui avoir révélé sa « tendresse criminelle ». Ici, le personnage antique ne supporte le poids de l'interdit et pour des causes nobles et louables met fin à ses jours, victime de l'hérédité et de l'horreur de ses désirs. Renée quant à elle ne cherche qu'à accroître ses plaisirs égoïstes, en accaparant Maxime pour assouvir ses désirs charnels et son père afin de satisfaire ses besoins financiers. Elle apparaît donc égoïste et l'angoisse dont elle souffre révèle le caractère noble de l'épopée antique.
Lecture analytique
L'extrait étudié se déroule au sein du chapitre V, Renée et Maxime sont désormais amants et une année entière s'est écoulée, le couple interdit s'enivrant de plaisirs et de divertissements. Cependant cette vie luxueuse amène Renée à contracter de nombreuses dettes envers son mari qui voit alors son plan initial pour récupérer les terres de sa femme approcher de son but. Cette dernière cède alors aux désirs de son mari qui cherche à gagner sa confiance et à se rapprocher d'elle afin de pouvoir la forcer à signer les papiers nécessaires à son plan en temps voulus. Un soir, les deux amants vont au théâtre pour tenter de se distraire en assistant à une tragédie italienne. Ils assistent alors à Phèdre.
Face à la représentation de la pièce, Renée se voit déboussolée et sa vie prend un aspect qu'elle n'attendait pas. Elle s'identifie au personnage de Phèdre et cette analogie fait naître en elle de nombreuses interrogations : « elle se demandait de quel sang elle pouvait être, elle, l'incestueuse de temps nouveaux. ». En effet, Phèdre est la fille de Minos, roi légendaire grec et juge des Enfers, et de Pasiphaé, femme de Minos qui donna naissance à un monstre, le minotaure. Phèdre est alors un personnage victime de ses origines, notamment de l'impétuosité de sa mère qui jeta un sort à son mari. Malgré la peur du jugement de son père à sa mort, elle ne résiste pas à sa passion et à ses pulsions et avoue son amour au fils de son époux. Renée s'identifie alors à cette situation, elle qui n'a su résister à son attirance pour Maxime. Au fil des actes, Renée assiste à l'évolution de sa propre histoire. En effet, elle non plus n'a su résister à son attrait pour Maxime, malgré leur consentement mutuel après leur premier baiser pour ne pas recommencer, elle aussi est prise de remords quant à sa liaison avec Maxime mais également avec son père, ne sachant plus que faire, elle se retrouve dans ce personnage dont « le retour de Thésée l'accable ». La transformation du désir, des angoisses et du désespoir de Phèdre en « cri de fauve » fait sentir à Renée « chaque frisson de son désir et de ses remords ». Ainsi, l'immersion dans la pièce de la jeune femme est totale et malgré la langue étrangère, « ce drame [lui] causa une émotion particulière. Elle cherche alors à s'expliquer ses pulsions, cette « tendresse criminelle » qui la rapproche du personnage sur scène. Cette identification à la tragédie italienne suscite chez Renée une peine qui se ressent essentiellement à travers le registre pathétique : « cette grande femme trainant sur les planches le crime antique. » Cette dernière image révèle le poids d'une telle passion que, tout comme Phèdre, Renée porte tel un fardeau. De plus, l'amante de Maxime se voit par la suite transportée dans la serre, source de ses désirs et de ses malheurs. L'atmosphère du théâtre semble révéler à tous les spectateurs la passion condamnée qu'elle entretient avec son jeune amant. Elle se sent alors piégée, « le lustre l'aveuglait, les chaleurs étouffantes lui venaient de tous ces faces pâles tendues vers la scène. », elle semble paniquée et se réfugie alors dans cette serre qui lui est chère. Cependant, la pièce semble garder son emprise sur Renée et fait alors ressurgir de cette serre son côté maléfique (que l'on peut notamment déceler dès la première description de celle-ci), les peurs ainsi que les dangers qu'elle renferme. En effet, « les feuillages ardents » reflètent la passion amoureuse du couple interdit qui se voit être surpris dans cette serre, leur chambre, par Saccard : « elle rêvait que son mari entrait, la surprenait aux bras de son fils ». Cette pensée la fait souffrir « horriblement », « elle perdait connaissance » lorsque la longue exposition de ses souffrances et de ses angoisses sur les planches s'arrêta : « quand le dernier râle de Phèdre […] lui fit rouvrir les yeux. ». Lorsque la pièce prend fin, Renée reprend ses esprits et s'interroge sur cette analogie qui la fit se torturer ainsi pendant la représentation : « Aurait-elle la force de s'empoisonner, un jour ? ». Ce passage du roman fait apparaître à Renée les dangers de sa liaison, mais également le piège que lui ont tendu ses désirs et ses pulsions. Cette prison symbolique, dans laquelle fut également entrainée Phèdre ne semble posséder qu'une issue que Renée ne n'accepte pas : la mort. Ainsi, la représentation de la pièce italienne provoque chez la jeune femme une foules de sentiments et bouleverse ses pensées, l'amenant à regarder avec courage et objectivité la relation incestueuse qu'elle entretient.
. Le jeu des acteurs de la pièce à laquelle assistent Renée et Maxime est décrit dans le passage étudié. Hippolyte y est notamment dépeint comme « très médiocre » et la langue étrangère « [semblait] par moments, un simple accompagnement d'orchestre soutenant la mimique des acteurs ». Or, l'acteur incarnant Hippolyte « pleurait son rôle », l'ajout de la langue italienne semble alors ne pas apporter l'émotion que suscite traditionnellement cette langue chez les deux amants. Cela renforce alors la médiocrité des acteurs, ceci étant souligné par la description du monologue de Théramène : « il murmura d'une voix creuse ». Sa voix est alors décrite sans relief ni teinte, et dont le niveau sonore ne semble pas exceller compte tenu des avancées technologies concernant le son de l'époque. Ce jeu médiocre est accentué par les remarques de Maxime qui apportent une touche de mépris quant aux jeu des acteurs. Celui-ci déclare « Quel godiche ! » face au jeu d'Hippolyte et quand vient le tour de Théramène, il annonce ce dernier : « Il a une bonne tête le vieux ! ». La phrase introductrice des premiers vers récités par l'acteur incite à croire que cette dernière remarque de Maxime n'est en fait ironique et que la à travers cette « bonne tête », se cache encore une fois un mépris amère quant au jeu dudit acteur.
. Le drame de Renée est dit « mesquin et honteux à côté de l'épopée antique » à la fin de l'extrait. La jeune femme a, bien qu'elle ait tenté de lutter, succombé à sa passion et à ses désirs, entrainant alors Maxime dans sa situation immorale et prohibée. Elle n'a, au contraire de Phèdre, su résister à ses pulsions, et la volonté de les rejeter s'est bien vite volatilisée, cédant place au désir de l'interdit. Les peurs de Phèdre sont d'autant plus nobles que celles de Renée sont égoïstes. En effet, la peur de l'épouse de Saccard est que celui-ci « la [surprenne] aux bras de son fils » tandis que Phèdre, se suicide lorsqu'elle apprend le retour de son mari et la conséquence de ses actes, après lui avoir révélé sa « tendresse criminelle ». Ici, le personnage antique ne supporte le poids de l'interdit et pour des causes nobles et louables met fin à ses jours, victime de l'hérédité et de l'horreur de ses désirs. Renée quant à elle ne cherche qu'à accroître ses plaisirs égoïstes, en accaparant Maxime pour assouvir ses désirs charnels et son père afin de satisfaire ses besoins financiers. Elle apparaît donc égoïste et l'angoisse dont elle souffre révèle le caractère noble de l'épopée antique.
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